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2008-01-14T23:18:00+01:00

les notables et les oblats

Publié par Brigitte Nabet

grande fut ma consternation, lorsque j'ai un jour découvert que dans mon parti, je pouvais être un oblat, (une oblate) à la merci des rétributions que voudraient bien m'allouer les notables, 
je ne veux être ni notable, ni oblat, libre, une femme libre, tout simplement
retour vers mes cours;
 Le militantisme comme source de gratification
  • Pour Bourdieu :
    • Le parti politique est une banque de capital politique.
    • Le parti a une fonction de distribution de ce capital à ses militants.
    • Le capital politique est ce qui donne le droit de parler au nom du parti, ie d’émettre un point de vue autorisé.
  • Le capital politique peut être obtenu par différentes trajectoires :
    • Par un capital de notoriété obtenu en dehors du parti
    • En échange de services rendus à l’intérieur du parti.
  • D’où, des trajectoires différentes selon deux catégories de militants :
    • Les notables : ceux qui détiennent, avant de s’engager dans le parti :
      • un capital de notoriété. Ex : s’appeler de Gaulle, Mitterrand…
      • un réseau de relations, ie un carnet d’adresses fait de gens influents : responsable d’entreprises, de syndicats…
      • un diplôme d’une grande école. En France, l’ENA (lieu où l’on constitue son carnet d’adresses)
En rentrant dans le parti on convertit son capital de notoriété en capital politique. Le notable exclu du parti retrouve sa position antérieure.
    • Les oblats : [en religion : quelqu’un qui n’est pas entré dans les ordres, mais se dévoue à sa religion] Les oblats ne détiennent au départ aucun capital politique, mais se dévouent complètement au parti et finissent par obtenir du capital politique en rétribution de leurs services. Si le parti exclut un oblat, l’oblat se retrouve sans rien.
  • A l’intérieur de chaque parti, il existe une concurrence entre ces deux catégories de militants, qui détermine la structure militante.
  • Bourdieu pose ce cadre d’analyse mais ne livre pas à des enquêtes empiriques, ni n’analyse les rapports de force. Ce sont Offerlé et Gaxie, qui reprennent le schéma bourdieusien et lui donne un prolongement empirique.
    • Offerlé : sur les formes de la concurrence dans les partis politiques.
    • Gaxie : sur les rapports de domination que la concurrence peut engendrer – la concurrence n’étant ni pure ni parfaite !
 
  • Offerlé présente une synthèse dans le Que-sais-je ? Les partis politiques – non exposé exhaustif sur les partis politiques, mais une présentation de son modèle d’analyse.
  • Le caractère construit des groupes que le parti vise explique la concurrence dans le parti : chaque ensemble de militants lutte pour imposer un groupe particulier, un contour spécifique. Le découpage opéré peut favoriser certains militants :
    • Ceux qui par leur trajectoire biographique peuvent se poser naturellement comme représentant légitime.
    • Les autres militants, moins légitimes selon ce découpage, luttent pour imposer un autre découpage, leur permettant de se poser comme représentant naturel et légitime.
  • Exemple de Offerlé : le PS
    • Dans les années 1970, la qualification sociologique du PS est l’objet de grands débats. Il y a une lutte entre deux qualifications :
      • Le PS = parti populaire
      • Le PS = parti des classes moyennes
è Ces désignations doivent être mises en rapport avec une concurrence interne entre notables et oblats.
  • Les notables, haut-fonctionnaires entrés tardivement en politique – énarque entré au PS une fois leur diplôme obtenu, par exemple – obtiennent du capital politique par conversion de leur capital de notoriété.
    Tendance incarnée par Laurent Fabius.
  • Les oblats, ceux qui militaient à la SFIO (avant 1971) et qui ont gravi les échelons un à un, lentement.
    Tendance incarnée par Pierre Mauroy.
  • Les oblats dénoncent le manque de légitimité des notables et l’emprise croissante que les notables exercent dans l’entourage de François Mitterand. Ils dénoncent un dévoiement du socialisme, d’où la définition du PS comme un parti populaire, pour dénoncer l’emprise des notables, les délégitimer.
  • Les notables décrivent le PS comme un parti de classe moyenne : moyen de se relégitimer, de délégitimer les oblats en les présentant comme des personnes archaïques : la société a évolué et le PS n’a plus vocation à représenter une division sociale désuète.
è Lutte de légitimité : délégitimer l’autre pour se relégitimer.
  • Pour Offerlé, la lutte n’est jamais terminée et la vocation à représenter tel ou tel groupe n’est jamais fixée. La représentation d’un groupe spécifique est le résultat d’un rapport de force interne qui reste réversible.
    La concurrence est déséquilibrée et engendre des rapports de domination.
 
  • Gaxie étudie les rapports de domination engendrés par la concurrence. Dans les partis politiques, les oblats tendent à être dominés par les notables.
  • Pour comprendre cela, il faut préciser les mobiles, les raisons pour lesquelles les uns et les autres militent.
    • Les oblats n’ont pas de mobiles idéologiques. Ils ne militent pas par conviction, n’ont pas une vision enchantée qui ne correspondrait pas à la réalité. Gaxie le prouve par des entretiens avec des oblats qui ne sont pas capables de justifier leur conviction : leurs arguments ne sont pas cohérents dans l’ensemble.
      Les oblats militent pour obtenir des gratifications symboliques, apportées par le capital politique, qui permettent d’avoir une parole autorisée qui fasse sortir de la catégorie des profanes, apportent du prestige social et une estime de soi.
    • Les notables ne sont pas intéressés par les gratifications symboliques qu’ils possèdent déjà dans une large mesure. Le plus souvent, les notables méprisent les gratifications symboliques. Ils militent pour mettre en valeur le capital qu’ils possédaient déjà. Le fait de militer est un accélérateur de carrière, en entrant dans un cabinet régional, ministériel… pour échapper à une carrière administrative jugée banale.
    • C’est la différence entre les mobiles qui entretient le mécanisme de domination.
      • Les notables dominent les oblats en leur laissant des gratifications symboliques comme des os à ronger…
      • La pyramide des grades montre l’existence d’une hiérarchie symbolique dans le parti, ie on peut exercer des fonctions à valeur symbolique plus ou moins importante.
      • Exemples :
        - dans un meeting : être assis sur l’estrade ou dans la salle, au premier rang ou derrière.
        - la capacité à raconter des anecdotes concernant les dirigeants du parti
        - l’accueil des dirigeants du parti dans la circonscription
        - les délégations à l’étranger
  • Pour disposer d’une structure militante solide, le parti doit avoir une régularité dans la progression des cadres.
    • Si la pyramide est bien conçue :
      • Les notables dominent les oblats
      • Les oblats sont obéissants, ne font pas acte de dissidence : en perdant, ils retomberaient tout en bas de la pyramide.
      • Les notables s’ils échouent dans leur dissidence, conservent leur capital de notoriété…
    • Les oblats sont poussés à respecter la ligne, quand la dissidence et la critique ne sont autorisées qu’aux notables.
    • Cette logique entretient la domination.
  • La domination n’est pas perçue par les dominés : les oblats ne sont pas conscients d’être dominés par les notables… Dans la sociologie bourdieusienne, la domination est d’autant plus efficace que les dominés ne la perçoivent pas.
 
Selon cette interprétation, la fluctuation du nombre de militants est imputable à la structure plus ou moins équilibrée de la pyramide des grades. Pour avoir beaucoup de militants, il faut ouvrir la possibilité de gravir lentement la pyramide des grades.
 

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